Des universitaires dénoncent la croisade française « antisectes »

Révolution culturelle dans la lutte antisectes

Des universitaires dénoncent la croisade française « antisectes »

Au moment où paraît le rapport annuel de la Miviludes (« Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires »), il n’’est pas inutile de rappeler que dans une tribune du journal Le Monde publiée le 4 mars 2008, des universitaires, sous la plume de Raphaël Liogier, ont dénoncé la « croisade antisecte » menée en France par quelques associations militantes et par la Miviludes « offensive et sourde à la critique ».

Voici des extraits de cet article, intitulé « Révolution culturelle dans la lutte antisectes », avec en sous-titre : « Deux cultures s’affrontent depuis vingt ans : chercheurs et bureau des cultes d’un côté, Matignon et Miviludes de l’autre ».

« Pour la première fois depuis presque trente ans, la culture du terrain, celle du ministère de l’intérieur, soucieux de la sécurité des personnes, et celle des sociologues, soucieux de la connaissance du fait religieux, est en train de l’emporter sur celle de la dénonciation tous azimuts.

Mais ce n’est pas sans mal, sans un combat au corps-à-corps qui se joue aujourd’hui au sommet de l’Etat. Parce qu’il faut bien comprendre que nous ne sommes absolument pas, sur la question des sectes, contrairement à ce que masque le tumulte ambiant, dans un débat politique, mais dans le face-à-face de deux communautés de hauts fonctionnaires, deux cultures administratives en somme, celle du ministère de l’intérieur (le Bureau central des cultes, BCC), et celle de Matignon (la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, Miviludes). […]

L’ensemble des universitaires, des chercheurs au CNRS, sélectionnés et appointés par la République pour étudier scientifiquement ces mouvements seront d’abord légèrement blâmés en raison de leur réticence à pointer le danger sectaire, puis ils seront carrément exclus de toute discussion, et enfin accusés de trahir la République. Tous les chercheurs, sans exception, je dis bien tous, quelles que soient leur appartenance partisane ou leurs opinions politiques, tous les spécialistes du religieux sont d’accord depuis trente ans pour dire que les listings établis par les commissions parlementaires ainsi que les prétendues enquêtes des missions interministérielles sont fantaisistes. […]

Depuis 2001 l’opposition des deux cultures administratives s’est envenimée. D’un côté le ministère de l’intérieur, le BCC avec les RG, globalement d’accord avec les chercheurs sur l’innocuité de l’écrasante majorité des nouveaux mouvements religieux, et de l’autre une Miviludes restée offensive et sourde à la critique, retranchée à Matignon. Cet antagonisme éclatera soudain au grand jour lors de l’audition des hauts fonctionnaires des différents ministères par la commission chargée du dernier rapport de décembre 2006 sur les sectes.

La plupart des fonctionnaires ministériels déclareront qu’il n’y a pas de problème, en premier lieu le chef du bureau central des cultes, qui spécifiera à propos des Témoins de Jéhovah, alors dans le collimateur, qu’aucun problème de pronostic vital d’enfant lié au refus de transfusion ne s’est posé jusqu’à présent, contrairement aux allégations qui évoquent… 45 000 enfants en danger.

Le directeur des RG osera ajouter qu’après enquêtes auprès des préfectures, de l’éducation nationale, de la DASS (direction des affaires sanitaires et sociales), des centres aérés, des organismes qui s’occupent de la jeunesse, on ne trouve que « quelques dizaines de signalements ». Le chef du BCC sera alors pris à partie, sommé violemment de se rétracter.

Les paroles de Michèle Alliot-Marie sur la Miviludes ou de Valérie Pécresse sur les sectes n’ont donc rien à voir avec « la laïcité en danger », mais reflètent une évolution administrative de toute façon nécessaire juridiquement face à la Cour européenne des droits de l’homme, qui épingle la France depuis plusieurs années pour discrimination religieuse.

La culture administrative de la Miviludes, fondée sur la méconnaissance volontaire du terrain, ne permet d’ailleurs pas de combattre les sectes réellement dangereuses, mais les protège au contraire par la confusion qu’elle fait régner. Résultat : inefficacité plus discrimination ! La solution est dans un organisme sérieux, composé de représentants de la société civile et de chercheurs, comme Inform chez nos voisins anglais, qui n’est pas là pour condamner les sectes a priori mais pour informer sans fantasme l’Etat et le public. »

Une scientologue a été discriminée pour ses convictions

La HALDE reconnaît qu’’une scientologue a été discriminée pour ses convictions

HALDE : une scientologue a été discriminée pour ses convictions

Dans une délibération en date du 17 décembre 2007, la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’’Egalité) reconnaît qu’’une scientologue, irréprochable au plan professionnel, a été discriminée pour ses convictions.

Voici le résumé de cette délibération, tel qu’’il est publié sur le site internet de la Halde :

« La haute autorité a été saisie par une fonctionnaire territoriale, membre de l’’Eglise de scientologie, qui a fait l’’objet d’’affectations successives entraînant une dégradation de la situation professionnelle de l’’agent et une perte de responsabilités.

La prise en compte des opinions de la réclamante ne constitue en aucun cas la sanction d’’un acte de prosélytisme, le devoir de neutralité de cette dernière n’’ayant jamais été mis en cause par l’’autorité hiérarchique. Dans ces conditions, le Collège de la haute autorité considère que ces faits paraissent constituer une discrimination fondée sur les opinions.

En conséquence, il invite son Président à recommander à la collectivité mise en cause le réexamen de la situation de la réclamante afin qu’’un emploi en adéquation avec son grade lui soit proposé.

Le Collège estime également utile de présenter des observations devant le tribunal administratif saisi de ce litige. »

Ainsi se trouve reconnu officiellement ce que le CFSD dénonce depuis des années : des scientologues subissent dans leur travail ou dans leur vie privée des discriminations pour leurs convictions religieuses. Cette situation résulte du climat de haine et de suspicion à l’’encontre des nouveaux mouvements religieux, climat entretenu en France par quelques intégristes de la laïcité et quelques associations militantes financées quasi exclusivement sur fonds publics.

Délibération de la HALDE